Réapparu à Washington après plus de deux mois de clandestinité, le leader de l’opposition ougandaise veut mobiliser la communauté internationale contre le régime de Kampala.
« Mais où est passé Bobi Wine ? ». La question était devenue ces derniers mois, une antienne qui cachait néanmoins une profonde inquiétude au regard de la nature répressive du régime ougandais.
Le 18 mars toutefois, Robert Kyagulanyi de son vrai nom, principal opposant à Yoweri Museveni désormais réélu pour un septième mandat, est réapparu sur X à travers une photo prise au pied du Capitole. Un symbole de liberté retrouvée certes pour cet ex-chanteur, mais dont l’inquiétude reste palpable face à la traque du pouvoir ougandais.
« Je ne dis pas à tout le monde où je loge et je ne peux pas rester plus de deux nuits dans le même hôtel, car je sais que le régime ougandais cherche à m’atteindre. Les dictateurs, surtout ceux de mon continent, l’Afrique, ont pour habitude de traquer jusque très loin leurs opposants politiques », confie-t-il dans une interview à Jeune Afrique.
Il faut dire que Bobi sait de quoi il parle. Lui que le général Muhoozi Kainerugaba, fils du président Museveni et chef des forces armées ougandaises, a publiquement menacé de tuer, selon l’opposant.
Une fuite orchestrée grâce aux proches du régime
« Il a menacé de tuer par le passé et il l’a fait. Il a menacé de faire des raids et il les a faits. Il a menacé de battre ma femme et elle s’est retrouvée à l’hôpital », a énuméré Bobi Wine à France 24.
Parmi les victimes collatérales de cette répression figure l’épouse de son assistant personnel, Sheriff Naja, enlevée par des militaires à son domicile et disparue depuis, une scène filmée selon l’opposant.
Ces événements ont achevé de le convaincre de fuir après avoir reçu des informations fiables sur un projet d’élimination physique. « Je me suis échappé de chez moi le 16 janvier, un jour seulement après l’élection, à la suite d’une descente militaire à mon domicile », raconte le leader de la National Unity Platform (NUP).
Retour conditionné à la liberté, plaidoyer pour des sanctions
Alors que les soldats encerclaient sa maison, Bobi Wine se cachait ailleurs dans le pays, hébergé par de simples citoyens qui, selon lui, « ont mis en danger leur vie et celle de leurs proches pour m’abriter, me nourrir et m’habiller ». Il aurait également bénéficié de l’appui discret de membres des forces de sécurité en désaccord avec Muhoozi.
Grâce à ce réseau de solidarité clandestin, il a fini par quitter le territoire, « via un grand pays » dont il tait le nom. Face aux rumeurs d’une médiation menée par l’ambassadeur américain William Popp pour organiser son retour et la reconnaissance légale de la NUP, l’opposant se montre inflexible : il ne négociera pas sa liberté.
Sur le plan international, il exhorte les démocraties occidentales — États-Unis, Europe et au-delà — à imposer des sanctions ciblées contre Museveni, son fils et leurs proches, en conditionnant toute aide extérieure au respect des principes démocratiques.
« Le régime de Museveni survit largement grâce au soutien étranger, notamment américain. Il faut faire pression sur lui pour qu’il cesse de commettre des atrocités », martèle-t-il dans Jeune Afrique.

Poster un Commentaire