Le leader des Economic Freedom Fighters a été reconnu coupable de détention illégale d’arme à feu et de munitions, après un tir effectué lors d’un meeting en 2018.
Ou comment une exultation de joie s’est muée en cauchemar. Le tribunal de Gqeberha (anciennement Port Elizabeth), dans la province du Cap-Oriental, a condamné, jeudi 16 avril, Julius Malema, figure de proue de l’opposition sud-africaine et président des Economic Freedom Fighters – Combattants pour la liberté économique – (EFF), à cinq ans d’emprisonnement ferme pour détention illégale d’une arme à feu.
Il écope également de deux ans de prison pour détention illégale de munitions, ainsi que d’amendes pour trois autres infractions connexes. À l’origine de ces déboires, une scène de liesse remontant à 2018.
Réuni avec ses partisans en marge d’un meeting célébrant les cinq ans d’existence de l’EFF, Malema tire alors plusieurs coups de feu en l’air depuis la scène afin de galvaniser la foule.
Hélas, ce geste lui vaudra plus tard d’être poursuivi pour cinq chefs d’accusation distincts. Reconnu coupable l’année dernière à l’issue d’un long procès, le leader populiste attendait depuis lors la décision de la magistrate Twanet Olivier sur la sanction.
Un appel partiel accordé
Cette dernière assure avoir arrêté sa décision « après mûre réflexion ». Malema ne restera cependant pas derrière les barreaux dans l’immédiat, la juge lui ayant accordé la liberté le temps de faire appel de sa condamnation devant la Haute Cour.
En revanche, l’appel sur la culpabilité elle-même a été rejeté. Seule la sévérité de la peine pourra ainsi être contestée dans un premier temps, de quoi faire fulminer ce trublion de la politique sud-africaine, connu pour son discours sans filtre.
À sa sortie d’audience, le leader de l’EFF n’a pas caché son amertume, affirmant que l’acharnement judiciaire à son encontre relevait d’une volonté politique de l’humilier. « Tout ce qu’ils voulaient, c’est que je passe une nuit ici », a-t-il déclaré devant ses partisans rassemblés aux abords du tribunal.
Le spectre de l’inéligibilité
« Ça n’avait rien à voir avec la loi. C’est le racisme qui s’est exprimé. La juge Olivier est une raciste notoire, et elle le sait très bien », a surenchéri Julius Malema. Au-delà de sa personne, c’est l’avenir politique de tout un mouvement qui se joue à travers cette affaire.
En effet, selon la Constitution sud-africaine, toute peine d’emprisonnement égale ou supérieure à douze mois, une fois confirmée après épuisement des voies de recours, entraîne automatiquement l’inéligibilité du condamné à exercer un mandat parlementaire.
Malema, député à l’Assemblée nationale pourrait ainsi se voir contraint de quitter le Parlement si la Haute Cour confirme la sentence. Ce scénario constituerait un coup dur considérable pour les Economic Freedom Fighters, parti qu’il a fondé après avoir été exclu de la Ligue de jeunesse du Congrès national africain (ANC).
Depuis, l’EFF s’est imposé comme l’une des alternatives à l’ANC au pouvoir, capitalisant sur la frustration d’une large frange de la jeunesse face aux inégalités raciales et économiques persistantes, trois décennies après la fin du régime d’apartheid en 1994.

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