Bravant les manœuvres d’intimidation de Pékin, le président taïwanais Lai Ching-teh a rallié l’Eswatini à bord d’un appareil royal swazi, au terme d’un bras de fer aérien impliquant trois États africains.
Cette fois-ci, c’est la bonne. Le président taïwanais Lai Ching-te est arrivé, samedi 2 mai, à Eswatini pour une visite que ni Taipei ni Mbabane n’avaient annoncée au préalable, dans le cadre du 40e anniversaire de l’accession au trône du roi Mswati III.
La discrétion était d’autant plus de mise que Pékin – qui considère Taïwan comme une partie de son territoire – avait multiplié les obstacles pour empêcher le déplacement, allant jusqu’à pousser les Seychelles, Maurice et Madagascar à révoquer les droits de survol accordés à l’avion présidentiel taïwanais lors d’une première tentative, fin avril.
Pour contourner le blocage, Lai a finalement embarqué à bord d’un appareil du gouvernement d’Eswatini, infligeant un camouflet à la diplomatie coercitive de la Chine. Dans son discours aux côtés du souverain, il n’a pas mâché ses mots.
« Taïwan est une nation souveraine », a-t-il affirmé, ajoutant que les 23 millions d’habitants de l’île avaient le droit d’entretenir des relations avec le reste du monde.
Le dernier bastion africain de Taipei
Le roi Mswati, de son côté, a réaffirmé son soutien à Taipei, dans un geste de solidarité loin d’être désintéressé. Eswatini, petit royaume enclavé d’Afrique australe, coincé entre l’Afrique du Sud et le Mozambique, n’est pas un partenaire comme les autres pour Taïwan.
Il s’agit du seul État africain, et de l’un des douze seulement dans le monde, à reconnaître officiellement la République de Chine, le nom officiel de Taïwan. Sur un continent largement acquis à Pékin après des décennies d’investissements massifs dans les infrastructures, l’énergie ou l’agriculture, cette fidélité diplomatique rarissime fait d’Eswatini un allié que Taipei entend préserver à tout prix.
Cette relation est d’autant plus stratégique que, depuis les années 2000, le basculement vers Pékin a été massif. Des pays comme le Sénégal, le Burkina Faso ou le Tchad ont successivement rompu avec Taipei pour reconnaître la République populaire de Chine.
Pékin l’a mauvaise
À Pékin, le déplacement de Lai est perçu comme une « transgression ». Le Bureau des affaires taïwanaises a publié dès samedi soir un communiqué au vitriol, comparant le président taïwanais à « un rat courant dans la rue » voué au ridicule international.
L’instance a dénoncé le caractère « furtif » de la visite et assuré qu’elle serait tournée en dérision par la communauté internationale. En réponse, le Conseil aux affaires continentales de Taïwan, chargé des relations avec la Chine, a rappelé que le président « n’a besoin de l’autorisation de personne pour se déplacer ».
Sur la scène internationale, la manœuvre chinoise visant à bloquer le survol de l’avion présidentiel taïwanais a suscité des critiques de la part des États-Unis, de l’Union européenne et de plusieurs pays occidentaux.

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