Ce bilan, détaillé dans un rapport non rendu public et produit par une commission d’enquête nommée par le pouvoir, est vivement contesté par l’opposition et la société civile.
Six mois après les violences qui ont endeuillé la Tanzanie lors du scrutin présidentiel, les premiers chiffres officiels sont tombés jeudi 23 avril. Selon la Commission d’enquête créée par la présidence, 518 personnes ont trouvé la mort au cours de ces événements.
L’organe présidé par l’ancien juge en chef Mohamed Chande Othman fait également état de 2 200 blessés, dont 219 en état critique et 197 atteints par balles. À cela s’ajoutent 758 personnes portées disparues sur les deux dernières années, dont 245 restent introuvables à ce jour.
Les données géographiques révèlent une violence concentrée dans les grands centres urbains et économiques. Dar es‑Salaam, capitale économique et métropole de plusieurs millions d’habitants, enregistre à elle seule 182 morts, soit plus du tiers du bilan national.
Mwanza arrive en deuxième position avec 90 victimes, devant Mbeya (80) et Arusha (53). Ce rapport marque un tournant, après des mois durant lesquels les autorités minimisaient l’ampleur des violences liées à l’exclusion des principaux candidats de l’opposition des scrutins présidentiel et législatif.
À la recherche de boucs émissaires
Le document tend cependant à atténuer la responsabilité directe du pouvoir de la présidente Samia Suluhu Hassan dans le déclenchement et la gestion de la crise. Et ce, alors que des ONG et plusieurs médias, dont Reuters, ont déjà documenté des cas de massacres de civils non armés imputés aux forces de sécurité pendant les manifestations.
« Les organisateurs ont utilisé diverses techniques, notamment en mobilisant des personnes peu informées et des jeunes désespérés, tout en encourageant des actes de violence simultanés dans différents lieux », indique Chande.
Il affirme disposer de « preuves irréfutables » que les violences avaient été planifiées et financées par des « personnes formées », sans aucune précision quant à l’identité des personnes concernées.
Pour le principal parti d’opposition, le Chadema, ce renversement des responsabilités n’a rien de surprenant. Le mouvement rejette en bloc les travaux de la commission, estimant qu’un gouvernement mis en cause pour des abus violents ne peut être juge et partie de sa propre conduite.
Réconciliation nationale en chantier
L’opposition dénonce également la non‑publication intégrale du rapport, que Hassan présente comme « la propriété du président ». Au‑delà du bilan humain et matériel — chiffré à plusieurs millions de dollars —, la task force formule une série de recommandations.
Cela concerne l’ouverture d’un processus de réconciliation nationale, la prise en compte des revendications économiques des jeunes — présentées comme un facteur structurel de la mobilisation — ainsi que des réformes profondes du cadre électoral, à commencer par la commission en charge de l’organisation des scrutins.
Reste à savoir si un tel chantier pourra prospérer alors que l’exigence de vérité et de justice demeure entière face à ce qui est décrit par nombre d’observateurs comme l’une des répressions les plus meurtrières de l’histoire politique récente du continent.

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