Le président camerounais est accusé de multiples actes illégaux et de violations des droits humains par son principal adversaire lors de la dernière élection présidentielle, contestée, Issa Tchiroma Bakary.
Issa Tchiroma Bakary est peut-être à des milliers de kilomètres de Paul Biya, mais il n’en a pas fini avec lui. L’ancien allié devenu principal opposant du président camerounais nonagénaire vient de lancer une offensive judiciaire en déposant deux plaintes devant le tribunal judiciaire de Paris.
La procédure ne cible pas uniquement le chef de l’État. Elle vise également le secrétaire général de la présidence, Ferdinand Ngoh Ngoh, plusieurs membres du gouvernement, ainsi que des responsables des forces de défense et de sécurité, selon le certificat de dépôt publié sur la page Facebook de l’opposant, actuellement en exil en Gambie.
Ce dernier, qui affirme avoir fait appel à un réseau d’avocats pour l’occasion, évoque des accusations de « traitements inhumains et dégradants » à l’encontre de ses partisans depuis les événements ayant suivi la présidentielle contestée d’octobre 2025.
Des accusations étayées, selon Tchiroma
Celui qui continue de revendiquer la victoire à ce scrutin, officiellement attribué à Biya par la commission électorale, accuse le pouvoir de Yaoundé d’avoir procédé à des détentions illégales massives, ainsi que d’avoir eu recours à des tribunaux militaires pour juger des civils.
Pour appuyer ses allégations, Issa Tchiroma Bakary indique avoir engagé, dès le lendemain du vote, une enquête approfondie visant à recueillir des témoignages, rassembler des éléments d’information et constituer des preuves.
L’objectif affiché est d’établir la chaîne de responsabilités, depuis les donneurs d’ordre jusqu’aux exécutants présumés des violences dénoncées. Selon Jeune Afrique, le choix de la juridiction parisienne s’expliquerait par le fait que certaines victimes possèdent également la nationalité française.
« Cet élément renforce la compétence des juridictions hexagonales », précise le média, citant des sources proches de l’opposant. Interrogé par TV5 Monde, Me Calvin Job, avocat inscrit aux barreaux du Cameroun et de Paris, rappelle que cette juridiction peut se saisir de crimes graves indépendamment du lieu où ils ont été commis.
Une issue judiciaire incertaine
Ce principe repose sur les articles 689 et suivants du code de procédure pénale français, qui permettent de déroger à la règle classique liant la compétence à la nationalité ou au territoire.
Selon l’avocat, ce cadre juridique modifie profondément les perspectives pour des dossiers qui, sans cela, resteraient limités au seul système judiciaire national. L’issue de la procédure reste toutefois incertaine.
« Ce type d’affaire prend souvent du temps », a simplement indiqué Me Job auprès de RFI. Du côté des autorités camerounaises, on préfère relativiser la démarche
« Tchiroma a un besoin d’existence qui justifie ce qu’il fait. Le RDPC quant à lui travaille à la préparation des prochaines élections. On est bien trop occupés pour parler de Tchiroma », a déclaré Grégoire Owona, ministre et secrétaire général adjoint du parti au pouvoir.

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