RDC : Tshisekedi prêt à briguer un troisième mandat

Le dirigeant congolais en principe forclos pour un nouveau bail, accepterait de rempiler « si le peuple le souhaite ». Il évoque par ailleurs l’idée d’un report de la présidentielle de 2028 en cas de poursuite de la guerre dans l’est du pays.

Après des mois de spéculations sur fond de projet de révision constitutionnelle, Félix Tshisekedi a finalement levé le voile, mercredi 6 mai, en évoquant pour la première fois ouvertement une éventuelle candidature à un troisième mandat.

« Je n’ai pas sollicité un troisième mandat, mais je vous le dis : si le peuple souhaite que je poursuive, j’accepterai », a-t-il déclaré en marge d’une conférence de presse à la présidence.

Pour contourner la limitation constitutionnelle qui fixe actuellement à deux le nombre de mandats présidentiels, le chef de l’État mise sur l’organisation d’un référendum. Une hypothèse déjà avancée quelques semaines plus tôt par le secrétaire général de son parti, l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), Augustin Kabuya.

« C’est la population qui décide de tout ce que nous faisons ici. Si elle estime aujourd’hui vouloir être dirigée par Félix Antoine Tshisekedi, qui suis-je pour m’y opposer ? », avait-il affirmé.

Un débat constitutionnel qui s’intensifie

Pour justifier cette consultation populaire, le président congolais a évoqué le partenariat conclu avec Washington, qui nécessiterait des réformes du système judiciaire difficiles à mener dans le cadre actuel.

Fils de l’opposant historique Étienne Tshisekedi, Félix Tshisekedi a été réélu en décembre 2023 pour un second mandat. Il avait pour la première fois évoqué une révision de la Constitution fin 2024, estimant que le texte, en grande partie élaboré par des experts étrangers, devait être actualisé, sans aborder explicitement la question de la limitation des mandats.

« Félix Tshisekedi cherche à se maintenir au pouvoir en défiant le peuple congolais. Mais nous pensons qu’il n’en a pas la capacité », a réagi Martin Fayulu, leader du parti Engagement pour la citoyenneté et le développement et figure de l’opposition.

Au-delà de la question d’un troisième mandat, le président a également évoqué une hypothèse encore plus controversée : un possible report de l’élection présidentielle prévue en 2028.

Le conflit à l’Est comme argument pour un report

Sa justification ? Les difficultés à organiser un scrutin dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, en grande partie sous le contrôle des rebelles du M23, soutenus par le Rwanda, malgré la signature d’un accord de paix en 2025 sous médiation qatarie.

« Si cette guerre ne prend pas fin, il sera malheureusement impossible d’organiser les élections en 2028. Mais ce ne sera pas par refus de ma part. Les moyens existent, mais nous ne pouvons pas tenir un scrutin sans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu », a-t-il expliqué.

« En 2028, s’il n’y a pas d’élection, alors en janvier 2029, il devra partir. Nous ferons tout comme nous l’avons fait avec Kabila. Nous avons empêché un troisième mandat, nous l’empêcherons également pour Félix Tshisekedi », a averti Martin Fayulu. Pour Jean-Marc Kabund, ancien allié du pouvoir devenu opposant, « la démocratie est en péril ».


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