Désormais écarté du pouvoir exécutif, le président de l’Assemblée nationale et chef du Pastef, Ousmane Sonko, ne semble vouloir retenir ses coups contre le président de la République et ex-compagne d’infortune dans l’opposition.
« Il n’a pas tous les pouvoirs ». Au Sénégal, Ousmane Sonko, bien qu’écarté de ses fonctions de Premier ministre par le président Bassirou Diomaye Faye, tient à rappeler qu’il conserve une capacité de pression sur l’action gouvernementale.
Lors d’une déclaration de presse organisée mardi 2juin, entouré de ses proches collaborateurs du Pastef, le désormais président de l’Assemblée nationale est longuement revenu sur sa relation avec celui qui fut son allié pendant plus d’une décennie, depuis les années d’opposition jusqu’à l’accession au pouvoir en mars 2024.
« Ce qui se passe est inédit. On a eu hier eu un gouvernement qui est un gouvernement suspendu, sans ramification, sans assise politique », a-t-il déclaré.
En effet, sur 30 ministres nommés dans le nouveau cabinet d’Amadou Al Aminou Lô, seulement 5 sont issus du Pastef, parti majoritaire de l’espace politique du pays, celui-là même qui a porté Diomaye à la présidence.
Un rapport de force parlementaire sans précédent
Le reste du parti a choisi de boycotter le gouvernement, refusant de cautionner ce que ses cadres décrivent comme une tentative de marginalisation de leur leader. La veille, ce dernier avait annoncé qu’il ne participerait pas à cette nouvelle équipe, évoquant des divergences avec le chef de l’État.
« On a discuté, et le président m’a avoué qu’il n’avait pris aucun engagement, lui et son ministre des Finances, vis-à-vis du FMI, il m’a dit que pour le moment, il n’envisage pas de restructuration, mais que si le problème persiste la restructuration n’est pas à exclure », a détaillé Sonko. Une question que de nombreux observateurs identifient comme l’un des points de rupture au sein de ce duo autrefois perçu comme fusionnel.
Pour rappel, le FMI a suspendu son programme de prêt de 1,8 milliard de dollars au Sénégal, dont la dette atteignait 132% du PIB fin 2024. Face à cette situation, le président Faye semble opter pour une approche de coopération avec l’institution de Bretton Woods, dans l’espoir de parvenir à un accord d’ici fin juin.
Le spectre d’un bras de fer institutionnel
Ousmane Sonko, pour sa part, rejette toute perspective de restructuration, qu’il considère comme une atteinte à la souveraineté économique et un reniement des engagements pris devant les électeurs.
« Sur la question du pouvoir d’achat, il a dit qu’autant que possible, ils feront tout pour ne pas augmenter les prix sur certains produits subventionnés, mais que si ça devenait intenable, il serait obligé. Donc toutes ses réponses sont en demi-teinte. Je n’ai pas été convaincu. (…) On a ensuite parlé de la justice, de la reddition des comptes. Il a indiqué que tout allait bien. Je lui ai clairement dit que nous ne nous entendrons pas sur ce sujet », a poursuivi l’ancien chef du gouvernement, qui n’exclut pas d’utiliser le levier parlementaire.
« Il n’a pas un seul député à l’Assemblée nationale sur 165. Le Pastef, lui, en a 130 sur 165. (…) Si je le voulais et si Pastef le voulait, demain — en tout cas dans 72 heures — ce gouvernement peut tomber, parce qu’on a la possibilité de censurer », a-t-il affirmé, tout en assurant vouloir accompagner l’exécutif au nom de l’intérêt supérieur de la nation.

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