Cameroun : à 93 ans, Biya prépare sa sortie… sans la jouer

Le parlement camerounais a adopté à une écrasante majorité un amendement constitutionnel rétablissant le poste de vice-président. Présenté comme un mécanisme de continuité de l’État, le texte suscite une vive controverse sur fond de succession non assumée et de démocratie en trompe-l’œil.

Et le successeur de Paul Biya est… Paul Biya. Nul ne sait encore si le dirigeant vieillissant quittera un jour le pouvoir, mais il semble déterminé à en fixer lui-même les modalités.

Pour preuve, le Parlement, réuni en session conjointe de l’Assemblée nationale et du Sénat, a récemment adopté, par 200 voix pour, 18 contre et 4 abstentions, un amendement constitutionnel rétablissant le poste de vice-président, supprimé depuis plusieurs décennies.

Selon ce texte, en cas de décès, de démission ou d’incapacité du président de la République, le vice-président accédera automatiquement à la magistrature suprême et achèvera le mandat de sept ans en cours.

Par cette réforme, la disposition antérieure qui confiait l’intérim au président du Sénat — avant l’organisation d’une élection présidentielle dans les délais constitutionnels — est supprimée. Désormais, plus d’élection anticipée ni d’incertitude institutionnelle à court terme, mais une transition orchestrée au sommet, sans consultation populaire ni passage par les urnes.

Éclaircir l’horizon de la succession

Selon Jeremiah Enoch, associé senior basé à Londres au sein du cabinet de conseil J.S. Held Ltd, cette évolution « doit être comprise comme faisant partie d’une stratégie de succession encadrée ».

« L’incertitude quant au successeur du président Biya est depuis longtemps un facteur majeur pour ceux qui évaluent le Cameroun comme destination d’investissement », estime-il, dans les colonnes de Bloomberg.

À 93 ans, et engagé depuis octobre dans un huitième mandat controversé de sept ans, le chef de l’État camerounais — dont les apparitions se font rares, alimentant les spéculations sur son état de santé — apparaît affaibli.

À tel point que certains observateurs le décrivent davantage comme prisonnier des clans formés autour de lui depuis son arrivée au palais d’Etoudi en 1982 que comme un dirigeant exerçant pleinement le pouvoir. La réforme constitutionnelle vise ainsi à clarifier, au moins en partie, les perspectives de succession.

La question du dauphin, véritable enjeu national

Reste à connaître l’identité de ce futur vice-président, appelé de facto à devenir le dauphin du chef de l’État. « Les investisseurs suivront de près cette nomination et se concentreront sur la succession à venir », souligne Samir Gadio, responsable de la stratégie Afrique chez Standard Chartered Plc, cité par Bloomberg.

Plusieurs noms circulent déjà dans l’opinion et au sein des cercles du pouvoir. François Conradie, économiste politique principal chez Oxford Economics, évoque auprès du média américain des profils tels que le ministre des Finances Louis-Paul Motaze ou Ferdinand Ngoh Ngoh, secrétaire général de la présidence.

Au-delà du choix de cette personnalité, l’enjeu sera de déterminer sa capacité à rassembler les différentes factions du pouvoir afin d’éviter un après-Biya chaotique, comme beaucoup le redoutent.


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