Malgré son caractère profondément répressif, selon ses détracteurs, le pays ouest-africain peut compter sur la mansuétude de nombreuses puissances occidentales, notamment de la France.
Au moins 35 cas d’enlèvements et d’autres disparitions de voix critiques n’ont, à ce jour, pas été élucidés en Guinée, selon le collectif de la société civile Tournons la page. Et pourtant, toujours aucune condamnation de la part de la France, pays dit des droits de l’homme, d’ordinaire si prompt à distribuer les bons et les mauvais points à ses anciens territoires colonisés.
Paris s’est tout juste contenté de demander qu’une enquête soit menée « en toute indépendance et en toute transparence », après la découverte, le 24 août dernier, d’une fosse commune contenant six corps, à une centaine de kilomètres de Conakry.
Mieux, l’ambassadeur de France en Guinée, Luc Briard, s’est fendu, le 14 juillet, en marge de son discours de célébration de la Fête nationale, d’un appel à la mobilisation aux côtés des autorités guinéennes.
« Je le dis, contre toutes les critiques, la France a fait le choix vigilant, qu’elle assume pleinement, d’accompagner le processus de transition de la Guinée qui, après une longue année électorale, vient de s’achever avec une nouvelle Constitution et des autorités locales, nationales et gouvernementales élues », a déclaré le diplomate, nommé en août 2024.
Un boom minier qui aiguise les appétits
Peu lui importe, manifestement, que la présidentielle ayant consacré la victoire du putschiste Mamadi Doumbouya ait été verrouillée en amont. Pour comprendre la position de Paris vis-à-vis de Conakry, il faut regarder le contexte.
De plus en plus vouée aux gémonies dans son ancien « pré carré » africain, après les divorces avec le Mali, le Niger et le Burkina Faso — trois pays dirigés par des putschistes —, la France se retrouve contrainte de ménager la Guinée. Celle-ci maintient, de façon stratégique, le dialogue avec tous ses partenaires potentiels.
Surtout, Doumbouya dispose aujourd’hui de leviers économiques et financiers suffisamment persuasifs face à n’importe quelle puissance occidentale. Dopé par la mine de fer de Simandou — qui a attiré 7,8 milliards de dollars —, le pays a vu ses investissements directs étrangers passer à 8 milliards de dollars en 2025, contre seulement 1,4 milliard de dollars un an plus tôt.
Le cri de l’opposition et de la société civile
À lui seul, le secteur minier guinéen a capté 6 milliards de dollars sur le total des investissements directs étrangers enregistrés dans le pays. De quoi attiser bien des convoitises, quitte à fermer les yeux sur les exactions commises par les militaires au pouvoir.
Pour le plus grand bonheur du président qui, contrairement à ses pairs de l’AES, entretient des liens plus affirmés avec l’ancienne métropole. En parallèle, le désarroi gagne les opposants — dont la plupart sont en exil — ainsi que d’autres acteurs de la société civile.
« On se rappelle comment la France était tranchante sous Alpha Condé. À la première occasion, Paris montait au créneau… Maintenant, rien », regrette ainsi un activiste en exil, interrogé par Jeune Afrique.

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