Niger, le marchepied du retour d’Alger au Sahel ?

L’État algérien a décidé d’appuyer militairement son voisin nigérien au lendemain d’une tentative avortée de coup d’État, rompant ainsi avec son principe de non-ingérence à l’étranger. Un tournant historique dont seul le temps dira s’il en valait la peine.

Quatre chasseurs Sukhoi-30 et deux avions Iliouchine : l’un destiné au transport de troupes, l’autre au ravitaillement en vol. C’est sous les caméras de son ministère de la Défense que l’Algérie a mis en scène, le 30 août dernier, le déploiement de son détachement militaire au Niger.

« Une mission de soutien » demandée par les autorités nigériennes, selon Alger. Le timing n’a échappé à personne, puisque cette opération, menée à grand renfort médiatique, est intervenue au lendemain d’un coup d’État manqué à Niamey.

Le pouvoir du chef de la junte, Abdourahmane Tiani, avait en effet été pris pour cible, dans la nuit du 28 au 29 août, par un groupe de jeunes officiers issus, d’après Jeune Afrique, du détachement de Tillabéri, dans le sud-ouest du pays.

Une attaque mise en échec après d’intenses combats, notamment près de la présidence, ainsi que grâce à l’implication décisive du contingent russe d’Africa Corps. Dans son communiqué, le ministère algérien de la Défense revendique un appui destiné à aider le Niger à faire face à « la tentative de déstabilisation ».

Un changement notable de doctrine

Il n’est pas surprenant de voir Niamey revenir dans les petits papiers d’Alger, après la normalisation de leurs relations entamée en février dernier. Mais la forme prise par le soutien algérien n’en demeure pas moins étonnante, comme l’ont souligné plusieurs observateurs.

Cette démarche rompt en effet avec la tradition de non-intervention du pays, inspirée de l’expérience de la guerre de libération nationale entre 1954 et 1962. Jusqu’à présent, Alger cherchait à se différencier des puissances qu’elle qualifiait de néocoloniales ou d’impérialistes, en refusant les alliances militaires et autres pactes de défense.

Son influence reposait, selon Le Monde, surtout sur son rôle de médiateur entre les gouvernements et les groupes rebelles, notamment lors des rébellions touarègues au Niger ou au Mali. La donne semble désormais avoir changé.

Un signal politique

Le pays semble adopter les attributs d’une puissance classique, capable de projeter ouvertement et volontairement une unité militaire au-delà de ses frontières.

L’objectif serait d’envoyer un message aux différentes factions nigériennes, notamment aux groupes rebelles du nord du pays qui menacent le gouvernement, ainsi qu’à d’éventuels mutins au sein même de l’appareil sécuritaire nigérien.

Une telle posture ne serait pas superflue face au rival marocain, qui prend de plus en plus pied au Mali, pays avec lequel les relations algériennes sont loin d’être au beau fixe. Reste toutefois la question de la légalité de cette intervention au Niger.

Car si la Constitution, modifiée en 2020, autorise des opérations extérieures dans le cadre de missions de maintien de la paix sous l’égide des Nations unies, de l’Union africaine ou de la Ligue des États arabes, celles-ci doivent être approuvées à la majorité des deux tiers du Parlement.


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