Il a démasqué Wagner, la France lui ferme la porte

Le journaliste centrafricain Ephrem Yalike-Ngonzo a vu sa demande d’asile rejetée par les autorités françaises. Une décision qui fait peser sur lui le risque d’un renvoi dans son pays, où ses révélations sur les activités du groupe paramilitaire russe Wagner et ses opérations de désinformation pourraient mettre sa vie en danger.

La décision est tombée en mars, mais elle n’a été révélée que le mois dernier. La France a rejeté la demande d’asile d’Ephrem Yalike-Ngonzo. Si ce nom ne vous est peut-être pas familier, il l’est certainement pour les autorités françaises.

Le journaliste centrafricain a en effet révélé, ces dernières années, les rouages d’une vaste campagne de désinformation orchestrée en République centrafricaine (RCA) par des réseaux liés au groupe paramilitaire russe Wagner.

Entre 2019 et 2022, il a travaillé en RCA pour le compte d’un agent russe chargé d’influencer l’opinion publique locale au détriment des intérêts occidentaux, notamment français.

C’est en se confiant au consortium de journalistes d’investigation Forbidden Stories que son témoignage a été rendu public par plusieurs médias internationaux, parmi lesquels Le Monde, France 24 et Radio France Internationale (RFI).

Un exfiltré devenu indésirable ?

Dans sa décision de rejet, l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) reproche à Ephrem Yalike-Ngonzo d’avoir participé, alors qu’il se trouvait encore en RCA, à des manifestations jugées « hostiles aux intérêts occidentaux ».

L’administration fait état d’un « avis d’incompatibilité » émis par la Direction générale de la police nationale (DGPN) le 18 février 2025. Selon ce document, « il existe des raisons sérieuses de penser que la présence ou l’activité d’Ephrem Yalike-Ngonzo sur le territoire national constitue une menace grave pour l’ordre public, la sécurité publique, la sûreté de l’État ou la société française ».

C’est pourtant la France qui avait facilité, au printemps 2024, le départ du journaliste de Centrafrique, puis de République démocratique du Congo, où il s’était temporairement réfugié. Un laissez-passer et un visa lui auraient été accordés, avec l’aval personnel du président Emmanuel Macron, selon Henri Thulliez, directeur de la Plateforme de protection des lanceurs d’alerte en Afrique (PPLAAF), interrogé par TV5 Monde.

Des risques réels en cas de retour

L’ancien collaborateur des réseaux de Wagner a ensuite déposé sa demande d’asile, avant la publication de ses révélations sur le fonctionnement de la machine de désinformation russe en RCA.

Pour Henri Thulliez, un retour dans son pays exposerait Ephrem Yalike-Ngonzo à des risques considérables. Une première tentative de fuite s’était déjà soldée par une interpellation à la frontière centrafricaine, tandis que des hommes liés à Wagner se seraient rendus à son domicile afin de le retrouver.

Depuis la publication de son témoignage, une enquête pour haute trahison aurait par ailleurs été ouverte à son encontre par les autorités centrafricaines. La PPLAAF conteste désormais la décision de rejet devant deux instances : par un recours gracieux auprès de l’Ofpra et un appel devant la Cour nationale du droit d’asile.


Soyez le premier à commenter

Poster un Commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*