La capitale ghanéenne a récemment accueilli une réunion qui se révèle comme un moteur d’initiatives législatives concertées visant à restreindre les droits des personnes homosexuelles sur le continent africain.
« Rentrez chez vous et dites à vos peuples que leurs représentants ont décidé de protéger le sanctuaire de leurs foyers, l’héritage de leurs ancêtres et la souveraineté de leurs nations ».
C’est en homme déterminé que le président du Parlement ghanéen, Alban Bagbin, s’est exprimé le 3 juin dernier à Accra devant des responsables venus de plusieurs pays africains, appelant à un durcissement des législations relatives aux droits LGBTQ+ sur le continent.
Réunie dans le cadre de la Conférence interparlementaire africaine sur la famille, la souveraineté et les valeurs, la rencontre a rassemblé plus de 300 délégués issus d’une trentaine de pays — parlementaires, chefs religieux, responsables politiques et acteurs de la société civile — autour du thème : « Consolider le consensus parlementaire : faire avancer la Charte africaine sur les valeurs familiales et la souveraineté ».
Une charte pour fédérer le continent
Point culminant de cet événement, qui s’est tenu jusqu’au 6 juin : l’adoption d’un texte baptisé Charte africaine sur les valeurs familiales et la souveraineté.
Ce document vise notamment à consacrer l’hétérosexualité comme norme familiale et à offrir aux États signataires une marge de manœuvre vis-à-vis de certains engagements internationaux en matière de droits humains, en particulier concernant les femmes et les personnes LGBTQ+.
Vingt pays ont approuvé la charte, tandis que l’Afrique du Sud et le Mozambique s’y sont opposés. La prochaine étape est sa présentation aux gouvernements et chefs d’État de l’Union africaine en vue d’une éventuelle adoption.
« Lorsque vous retournerez dans vos capitales respectives, ne laissez pas les résolutions que nous adoptons ici prendre la poussière dans les archives de nos secrétariats. Qu’elles se traduisent en projets de loi actifs, en allocations budgétaires solides et en un contrôle rigoureux », a déclaré Alban Bagbin, dans son discours d’ouverture rapporté par Reuters.
L’ombre des réseaux évangéliques américains
Les promoteurs de cette initiative la présentent comme un instrument de défense des cultures africaines, des structures familiales traditionnelles et de la souveraineté nationale face à ce qu’ils perçoivent comme des influences extérieures.
Elle s’inscrit dans la continuité des démarches engagées au Ghana pour faire adopter le Human Sexual Rights and Family Values Bill, un projet de loi visant à criminaliser les relations entre personnes de même sexe ainsi que toute forme de promotion ou de soutien à celles-ci.
Dans plusieurs pays africains, des dispositifs similaires ont été adoptés ou renforcés ces dernières années, souvent avec l’appui logistique et financier de réseaux évangéliques américains.
Sharon Slater et l’organisation américaine Family Watch International avaient ainsi réuni des législateurs autour d’un agenda axé sur les « valeurs familiales » dès 2022, dans l’Utah, avant que la conférence ne soit organisée en Ouganda entre 2023 et 2025.

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