Madagascar : le colonel Randrianirina renvoie son équipe gouvernementale

Cinq mois à peine après avoir pris les rênes du pays par la force, le chef de la transition malgache dissout son cabinet sans explication, limogeant au passage son Premier ministre civil.

Coup de balai au sommet de l’exécutif malgache. Michaël Randrianirina, homme fort de la transition depuis la chute d’Andry Rajoelina, a annoncé, lundi 9 mars 2026, la dissolution pure et simple de son gouvernement, suspendant avec effet immédiat l’ensemble du cabinet.

Aucune explication officielle n’a été donnée par la présidence pour justifier cette décision soudaine, survenue à peine cinq mois après l’accession du colonel à la magistrature suprême. Cette étape marque une nouvelle secousse politique après le soulèvement populaire ayant conduit à la chute du régime Rajoelina.

Les manifestants, exaspérés par les difficultés du quotidien – notamment les coupures d’eau et d’électricité qui paralysent la vie de millions de foyers –, avaient trouvé un relais inattendu auprès des unités d’élite de l’armée, alors placées sous le commandement de Randrianirina.

Issu du secteur privé, le Premier ministre démis, Herren Salama Rajan, incarnait aux yeux de certains une garantie de compétence technique et un maillon essentiel entre le pouvoir militaire et une société civile restée méfiante.

Une jeunesse dans l’attente

« C’est vrai que le choix du Premier ministre, au départ, ne nous allait pas, mais les ministres ont montré une ouverture qui nous faisait penser qu’on pouvait avancer. Donc, il n’y avait pas forcément à pousser pour un remaniement », a commenté Elliot Randriamandrato, porte-parole du collectif Gen Z, à l’origine de la contestation, cité par l’AFP.

Pour beaucoup, la dissolution soudaine d’un cabinet civil sans justification publique apparaît davantage comme une démonstration d’autorité que comme une mesure de gouvernance.

« Pour l’instant, nous restons prudents face au processus entamé », poursuit Randriamandrato, qui déplore le manque de dialogue avec la jeunesse et « une tendance à la militarisation du régime, peu rassurante ».

Entre Moscou et Paris, un équilibrisme sous pression

Sur la scène internationale, le colonel Randrianirina, qui promet une élection présidentielle en 2027 après deux ans de transition, mène une diplomatie tous azimuts, reflet à la fois de ses ambitions et des zones d’ombre de sa politique étrangère.

Il s’est ainsi rendu le mois dernier à Moscou pour une rencontre avec Vladimir Poutine, avant de faire escale à Paris pour un tête-à-tête avec Emmanuel Macron. À chaque étape, il a plaidé en faveur de partenariats « équilibrés et renouvelés ».

Une posture d’équilibriste qui n’est pas sans rappeler les pirouettes diplomatiques d’autres dirigeants africains issus de transitions militaires, contraints de ménager à la fois l’Occident et les nouvelles puissances qui courtisent le continent.

La présidence a promis la nomination prochaine d’un nouveau Premier ministre, sans préciser ni le profil ni le calendrier. Pour la population malgache, les priorités demeurent inchangées : l’accès à l’eau, une électricité stable et un retour crédible à un régime civil et démocratique.


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