Les autorités sud-africaines réclament aux pays du continent dont les ressortissants ont été contraints au rapatriement, sur fond de fièvre xénophobe, la facture de ces opérations.
L’Afrique du Sud n’entend pas supporter seule les frais de retour des étrangers ayant quitté son sol ces dernières semaines. Secoué par une vague sans précédent de manifestations hostiles aux migrants, le pays de l’humaniste Nelson Mandela – l’ironie est frappante – a dû mobiliser d’énormes ressources pour favoriser le départ des personnes prises pour cible.
Plus de 82 000 individus étaient ainsi passés par les filières de reconduite mises en place par l’État sud-africain au 6 août 2026, selon le ministère de l’Intérieur. De quoi nécessiter 292 millions de rands, soit environ 16 millions de dollars.
Cette enveloppe représente presque cinq fois le budget initialement prévu par Pretoria, d’environ 3,8 millions de dollars, à en croire la présentation du représentant du ministère devant le parlement, mardi 11 août.
Le ministère de l’Intérieur indique que cet argent a servi en grande partie au transport, au fonctionnement du centre temporaire de rapatriement implanté à Musina, au sud de la frontière avec le Zimbabwe, ainsi qu’au paiement des heures supplémentaires des fonctionnaires mobilisés.
Des demandes formelles envoyées
L’Afrique du Sud dit ainsi avoir d’ores et déjà adressé une requête officielle au gouvernement du Malawi et aux ambassades du Nigeria et d’Éthiopie pour le remboursement de ces coûts, qualifiés de « sans précédent » par le ministre Leon Schreiber.
De quoi faire froncer les sourcils un peu partout sur le continent. Car une chose est de devenir une terre hostile pour les étrangers, une autre consiste à avoir l’outrecuidance de réclamer aux pays victimes le remboursement des dépenses prétendument engagées pour le départ – contraint, faut-il le préciser – de ces migrants.
La situation est d’autant plus paradoxale que de nombreux États se sont vus obligés de hausser le ton afin d’exiger un minimum de protection de la part du gouvernement sud-africain pour leurs concitoyens physiquement pris à partie lors des manifestations xénophobes, malgré le rappel à l’ordre du gouvernement de Cyril Ramaphosa.
L’Afrique du Sud embarquée dans une situation qui la dépasse
Ces violences sont allées bien au-delà de simples agressions visant des criminels. On a ainsi recensé des Nigérians qui avaient des motifs légitimes de séjourner en Afrique du Sud et qui ont pourtant été pris pour cible.
La presse internationale a également pu être témoin d’actions de foules en furie, auxquelles une police assistait, parallèlement, sans intervenir. Comme un aveu d’impuissance face à une crise dont le contrôle a totalement échappé à l’État sud-africain.
De quoi soulever des interrogations sur la responsabilité – voire la complicité – des autorités. Le Nigeria et le Ghana ont d’ailleurs officiellement saisi l’Union africaine, au motif que ces attaques répétées contre des ressortissants africains menacent l’unité du continent, la libre circulation et l’intégration régionale. À la lumière de ces faits, une question surgit : qui, dans cette affaire, est en droit de réclamer une compensation ou une indemnisation ?

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