La gomme arabique comme levier du conflit au Soudan ?

Un nouveau rapport du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme met en garde contre le risque que l’industrie de la célèbre résine soudanaise serve de nerf à la guerre en cours dans le pays.

« Les vastes richesses naturelles du Soudan devraient profiter à sa population. Malheureusement, ce que nous observons aujourd’hui est tout le contraire ».

Le constat dressé par la porte-parole du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme (OHCHR), Ravina Shamdasani, le 16 juillet dernier, à l’occasion de la publication du rapport de l’organisation sur l’implication de la filière de la gomme arabique soudanaise dans la guerre en cours, est sans appel.

Selon cette instance onusienne, la résine naturelle extraite de l’acacia — un arbre largement présent dans les régions sahéliennes — est devenue un instrument à part entière du financement du conflit opposant, depuis 2022, l’armée régulière aux Forces de soutien rapide (RSF), un groupe paramilitaire.

Le rapport indique notamment que « d’importantes quantités » de gomme arabique ont été détournées par les RSF depuis le Kordofan occidental et certaines zones du Darfour.

L’itinéraire d’une économie de guerre

Ces stocks sont acheminés vers Souq al-Na’am, une zone démilitarisée séparant le Soudan du Soudan du Sud, puis transportés plus loin vers Juba, la capitale sud-soudanaise, et jusqu’au port de Mombasa, au Kenya.

D’autres filières de contrebande empruntent le Tchad, avant de transiter par le port de Douala, au Cameroun, ou encore par l’Égypte et la Libye. Dans ces pays de passage, la gomme arabique est réétiquetée avant d’être exportée et transformée, ce qui la rend extrêmement difficile à tracer.

« Les entreprises ne peuvent pas continuer leurs activités comme si de rien n’était lorsqu’elles s’approvisionnent dans des chaînes de valeur affectées par les conflits », a déclaré le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Volker Türk, cité par Reuters, à propos de ce produit prisé par certains des plus grands acteurs commerciaux mondiaux.

Un produit stratégique

Produite à 80% par le Soudan, la gomme arabique possède en effet deux propriétés essentielles qui expliquent son importance économique. Elle est soluble dans l’eau et agit comme épaississant.

Elle joue aussi un rôle de liant, empêchant la séparation des composants dans de nombreux produits liquides. Parmi les secteurs qui en sont friands figurent l’agroalimentaire — notamment les sodas comme Coca-Cola ou Pepsi —, la pharmacie ou encore la cosmétique.

Le Soudan domine ce marché non seulement par le volume de sa production, mais aussi par la qualité supérieure de sa gomme arabique, ce qui lui a longtemps permis de conserver une position de quasi-monopole à l’échelle internationale. Mais la guerre civile a mis à mal les circuits légaux de production et d’exportation.

Parallèlement, d’autres pays producteurs comme le Nigeria, le Tchad et l’Égypte profitent de la crise soudanaise pour proposer leur propre gomme arabique à des prix plus compétitifs. De quoi rebattre les cartes du marché mondial.


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