Au Zimbabwe, Mnangagwa veut jouer les prolongations

Le parti au pouvoir propose d’allonger le mandat présidentiel de cinq à sept ans, dans le cadre d’une réforme constitutionnelle objet de vives polémiques.

Au Zimbabwe, la volonté du pouvoir de remodeler les règles du jeu politique ravive les inquiétudes sur la solidité démocratique du pays. Le parti présidentiel, le ZANU-PF, porte en effet un amendement constitutionnel aux implications pour le moins sensibles.

Le texte présenté au Parlement autoriserait le chef de l’État à nommer seul le Procureur général, sans requérir l’avis de la Commission des services judiciaires. Il transférerait en outre à certains fonctionnaires de l’administration la responsabilité de l’inscription des électeurs et du découpage des circonscriptions, actuellement dévolue à la Commission électorale du Zimbabwe (ZEC), deux leviers essentiels destinés à garantir l’équité du processus électoral.

La disposition la plus contestée du projet vise à prolonger la durée des mandats, présidentiel, parlementaire et politique en général, de cinq à sept ans. Si cette réforme est adoptée, elle étendrait mécaniquement le pouvoir du président Emmerson Mnangagwa bien au-delà de l’échéance de 2028 fixée par la Constitution actuelle.

Des positions polarisées

Les partisans du projet affirment qu’un mandat plus long permettrait aux dirigeants d’avoir le temps nécessaire pour concrétiser les projets de développement et apaiser la tension politique, qu’ils jugent néfaste à la gouvernance.

« C’est un coup d’État, un coup d’État lent qui se met en place au Zimbabwe », s’indigne l’opposant et ex-ministre des Finances, Tendai Biti, interrogé par la BBC. Les débats publics organisés par le Parlement ont mis en lumière une forte polarisation des opinions.

« L’opposition elle-même se retrouve restreinte dans sa mobilisation, intimidée, dans la mesure où elle tente d’exprimer des points de vue divergents dans le cadre du processus de consultation parlementaire », déplore un représentant de la société civile cité par DW Afrique.

Le retour des vieux démons ?

Pour les formations d’opposition et plusieurs acteurs de la société civile, cet amendement constitue un retour en arrière par rapport à la Constitution actuelle, pourtant adoptée à 93% des voix lors d’un référendum national. Celle-ci avait été saluée à l’époque comme une rupture nette avec les excès du régime Mugabe.

« Ce n’est pas une consolidation pour un individu, mais pour un parti politique, parce que la prochaine personne qui accèdera à la tête de l’État disposera du même appareil qui lui permettra de se maintenir au-delà de sa bienvenue », analyse un expert interrogé par le même média.

Face à cette situation, citoyens, juristes et leaders communautaires réclament que l’amendement soit tranché non par le Parlement seul, mais par un référendum national. Une proposition à laquelle le pouvoir n’est manifestement pas disposé, « car ils savent qu’il existe une large opposition au sein de la population », tranche un observateur.


Soyez le premier à commenter

Poster un Commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*