Le capitaine burkinabè a assumé, dans une interview télévisée, son refus total du modèle démocratique, qu’il présente comme un instrument de mort importé de l’Occident. Une sortie qui intervient alors même que les révélations sur les dérives de son régime se font de plus en plus accablantes.
On savait Ibrahim Traoré, le capitaine putschiste du Burkina Faso, autoritaire, peu ouvert à la critique et visiblement allergique aux principes démocratiques. Désormais, il le revendique sans détour.
Dans une interview accordée le 1er avril à un cercle restreint de journalistes locaux — vraisemblablement triés sur le volet — le chef de la junte burkinabè a exprimé sans ambages son rejet du modèle démocratique.
« Il faut que les gens oublient la question de la démocratie. La démocratie, ce n’est pas pour nous. La démocratie telle que ces gens-là nous font voir la démocratie, ce n’est pas ça, ça ne nous intéresse pas. On ne veut même pas de ça », a-t-il lancé, en marge du premier anniversaire de ce qu’il a baptisé la « révolution progressiste populaire » (RPP).
Un rejet idéologique assumé
En quelques phrases, « IB », comme le surnomment ses partisans, confirme ainsi ce que ses actions suggéraient déjà depuis son coup d’État de 2022. Autrement dit, la transition qu’il conduit n’a rien d’un chemin vers un pouvoir civil ou électif. Elle s’affirme plutôt comme une rupture idéologique durable avec le modèle libéral occidental.
Pour Traoré, la démocratie n’est rien d’autre qu’un instrument de domination au service des puissances étrangères. Il cite en exemple la Libye de Mouammar Kadhafi, où, selon lui, « la population vivait en paix. L’eau était gratuite, beaucoup de choses l’étaient. Les couples mariés recevaient des primes sociales ».
« Mais aujourd’hui, les Libyens, il y en a qui se promènent avec des bidons pour chercher l’eau un peu partout. Regardez la misère qu’il y a. Combien de centaines de milliers d’enfants sont morts ? C’est ça la démocratie. Partout où ils veulent installer la démocratie dans le monde, c’est dans le sang », a-t-il poursuivi.
Une fuite en avant bien connue
D’après le tombeur du colonel Damiba — lui-même auteur d’un coup d’État contre le président élu Roch Marc Christian Kaboré — le Burkina Faso serait « en pleine révolution ». Une révolution, d’après lui, qui exige discipline, autorité et unité de commandement, choses que la compétition politique, jugée stérile et corruptrice, empêcherait d’instaurer.
Ces arguments, déjà familiers, reprennent à l’identique la rhétorique des militaires « sauveurs » autoproclamés qui, une fois au pouvoir, s’affranchissent des principes démocratiques. Pour eux, l’adversaire demeure l’« autre », souvent l’ancien colonisateur.
« Le déni démocratique prospère au nom de la révolution, de la lutte contre l’impérialisme rendant ainsi les termes du débat confus, presqu’impossible. Démocratie=Occident=impérialisme. Le raccourci devient projet politique. Comme si l’Afrique était en dehors de l’histoire », analyse sur X, le journaliste Ousmane Ndiaye, auteur de L’Afrique contre la démocratie, ouvrage qui démonte le mythe d’une démocratie importée et prétendument incompatible avec les sociétés africaines.

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