Au Maghreb, les populations lassées de voter ?

Plusieurs pays du nord de l’Afrique se sont distingués dernièrement par des taux de participation faméliques aux élections. Décryptage d’un phénomène aux causes multiples.

Qu’ont en commun l’Algérie, la Tunisie et le Maroc, en dehors de leurs positions sur la carte de l’Afrique ? Dans chacun de ces trois pays maghrébins, les scrutins ont récemment eu du mal à mobiliser.

Appelés à voter aux législatives le 23 septembre dernier, les Marocains n’étaient ainsi que 38% à se rendre aux urnes, soit un taux inférieur de huit points à celui du précédent scrutin, il y a cinq ans, selon Le Monde.

Si la régression est marquée, elle masque une réalité encore plus préoccupante. Car, comme l’indique à TV5 Monde Benoît Vitkine, journaliste et chef adjoint du service du Monde Afrique, seule la moitié environ du corps électoral potentiel est inscrite sur les listes électorales au Maroc.

Le tableau est encore moins reluisant en Algérie et en Tunisie, où la participation était respectivement de 20% (législatives en juillet) et de 11% (législatives en 2023) lors des plus récentes consultations. C’est dire à quel point le vote laisse de marbre dans ces pays.

Des boussoles idéologiques déréglées

En cause, la vampirisation de l’espace politique par quelques partis seulement, le plus souvent ceux qui détiennent le pouvoir. De fait, les voix de l’opposition sont tout simplement réduites au silence, ou leurs représentants embastillés.

Les pouvoirs les plus subtils jouent de leur influence pour coopter des opposants dans leurs rangs, afin de les essorer complètement. Le Monde cite à cet effet les cas d’Ennahdha en Tunisie ou du PJD au Maroc, qui s’est dévoyé, d’après le journal, à travers son compagnonnage avec le palais.

Dans ce contexte, la population peine à trouver une offre politique attrayante. D’autant que les travers de ce milieu — corruption, achat de consciences, etc. — continuent de le gangréner.

Les mouvements de la Gen Z qui ont émergé il y a quelques mois dans plusieurs pays, dont le Maroc, témoignent de cette soif de renouvellement du personnel politique, si commune aux démocraties, pour dire le moins.

Le risque d’un effet boomerang

Des manifestations certes contenues, au final, par les différentes autorités. Mais la question est : jusqu’à quand ? Car le risque, pour un pouvoir incapable de se régénérer, est de devenir sourd aux aspirations de la population qu’il est pourtant censé servir.

L’exemple du « printemps arabe », qui a littéralement soufflé le clan du tout-puissant Ben Ali hors de l’échiquier en Tunisie, est éloquent. Même si le pays est retombé depuis dans un autoritarisme qui ne dit pas son nom, avec l’avènement de Kaïs Saïed.

« Il y a une espèce de mode qui serait un populisme par le haut, qui présente le souverain comme étant directement en osmose avec sa population, sans intermédiaire. C’est bien joli, mais cela marche tant que cela marche. Quand quelque chose se grippe, on a besoin d’intermédiaires, de soupapes, voire de fusibles », indique Benoît Vitkine.


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