Quand l’affaire des biens mal acquis sème la zizanie entre Libreville et Brazzaville

Le dossier pendant devant la justice française crée des remous entre les deux pays voisins. Au cœur de la discorde : une note récemment émise par le Gabon, partie civile, interprétée par les autorités congolaises comme une mise en accusation.

À peine deux mois après avoir couvert son homologue gabonais Brice Clotaire Oligui Nguema d’éloges lors d’une visite dite de travail et de fraternité chez ce dernier à Libreville, le président congolais Denis Sassou N’Guesso serait désormais en plein courroux contre lui.

À l’origine de cette situation figure le dossier des biens mal acquis (BMA), pendant devant la justice française depuis plus de 15 ans. Selon des informations parues dans Jeune Afrique (JA), les derniers développements de l’affaire ont mis le feu aux poudres entre les deux pays voisins.

Le Congo reprocherait notamment au Gabon de vouloir se donner le beau rôle dans ce dossier tentaculaire de corruption active, d’abus de biens sociaux et de recel de détournement de fonds publics, entre autres, à travers une note transmise récemment au tribunal par ses avocats à la suite du réquisitoire du procureur de la République.

La note de la discorde

« Les éléments recueillis justifient le renvoi devant le tribunal correctionnel, d’une part des personnes physiques et morales ayant animé ou facilité les circuits de blanchiment et, d’autre part, les bénéficiaires des acquisitions immobilières, au premier rang desquels figurent plusieurs enfants du défunt président Omar Bongo Ondimba. À l’égard de chacune des personnes mises en examen, les pièces de la procédure caractérisent suffisamment les éléments matériels et intentionnels des infractions qui leur sont reprochées », peut-on lire dans le texte relayé par JA.

Or, parmi les personnes épinglées par la justice française dans cette affaire figurent les enfants d’Omar Bongo et de sa veuve Edith Lucie Bongo : Yacine Queenie Bongo Ondimba et son frère Omar Denis Bongo Ondimba.

Ceux-ci sont par ailleurs des petits-fils de Sassou N’Guesso et d’Antoinette Sassou Nguesso, car Lucie Bongo est née Sassou. Autant dire que l’affaire ressemble à s’y méprendre à une version tropicale de la série à succès « Dallas ».

Des termes peu appréciés à Brazza

Brazzaville est d’autant plus irrité que Libreville a demandé à la justice française, d’après Jeune Afrique, « le maintien sous main de justice des biens saisis jusqu’à ce que soit définitivement statuées leur confiscation, leur réalisation et leur restitution au peuple gabonais ».

« Qui est cette partie civile qui demande la confiscation ? Ils disent qu’ils n’ont rien fait d’autre que soutenir le réquisitoire du procureur. Si ce dernier avait requis un non-lieu général, l’auraient-ils appuyé ? », fulmine une source congolaise décrite comme proche du dossier par le magazine panafricain.

Difficile par ailleurs de ne pas déceler, à travers cette posture des nouvelles autorités gabonaises, une façon de régler des comptes avec la précédente administration, qu’Oligui Nguema a renversée par un coup d’État. Quitte à nuire aux relations avec le Congo?


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