Confronté à une violence urbaine en forte progression, le président Cyril Ramaphosa a ordonné l’intervention des forces armées dans les zones les plus exposées. Une décision exceptionnelle qui suscite autant d’attentes que de doutes.
C’est un Cyril Ramaphosa visiblement excédé qui s’est présenté, jeudi 12 février, face à ses compatriotes pour son discours annuel sur l’état de la nation. Face à l’escalade de la criminalité dans le pays, le président sud-africain a annoncé une mesure d’exception : le déploiement des Forces nationales de défense (SANDF) dans les rues.
« J’ai demandé au ministre de la Police et à l’armée d’élaborer un plan technique pour préciser les lieux où il faudra déployer nos forces de sécurité dès les prochains jours », a-t-il précisé, promettant d’intensifier la lutte contre les réseaux criminels à l’aide de technologies renforcées, de renseignements mieux coordonnés et d’une action policière unifiée.
« Nous ne pouvons pas combattre les criminels organisés en agissant mollement. Nous devons agir avec une tolérance zéro et appliquer toute la force de la loi« , a martelé Ramaphosa, alors que le fléau gagne du terrain. Tant et si bien que le bruit des coups de feu ne surprend plus en Afrique du Sud.
Une violence quotidienne qui banalise l’horreur
Dans ce pays qui affiche l’un des taux de meurtres les plus élevés au monde, la criminalité violente fait désormais partie du quotidien. Environ 63 personnes sont ainsi tuées chaque jour, victimes de guerres de gangs, de vols à main armée et de conflits territoriaux liés à l’exploitation minière clandestine.
Les fusillades éclatent souvent en plein jour, dans des lieux fréquentés. Des enfants figurent parmi les victimes collatérales. Les armes à feu circulent librement malgré une réglementation stricte. Cette spirale de violence trouve ses racines dans les profondes inégalités sociales, la faiblesse de l’appareil judiciaire et un chômage massif qui nourrissent un environnement propice au crime organisé.
Des métropoles comme Pietermaritzburg, Pretoria ou Johannesburg comptent parmi les plus dangereuses du continent. Le Cap et Durban demeurent, elles aussi, confrontées à une criminalité endémique.
« La menace la plus immédiate pour notre démocratie »
Pour le président Ramaphosa, le constat est sans appel : « Le crime organisé est désormais la menace la plus immédiate pour notre démocratie, notre société et notre développement économique« , a-t-il déclaré.
Le gouvernement prévoit par ailleurs le recrutement de plus de 5 000 nouveaux policiers. Mais cette intervention militaire, aussi ferme soit-elle, soulève de nombreux doutes quant à son efficacité durable. Comme le rappelle un correspondant de la chaîne WION à Johannesburg, ce n’est pas la première fois que le président fait appel à l’armée pour rétablir l’ordre dans les zones dominées par les gangs.
Dans ces affrontements, ce sont souvent des civils, notamment des enfants, qui paient le prix le plus lourd. Pour beaucoup d’analystes, tant que les causes profondes — pauvreté, chômage, corruption et lenteur judiciaire — ne seront pas abordées, le recours aux militaires ne fera que retarder le cycle de la violence.

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