Soudan du Sud : scandale autour de la nomination d’un défunt au comité électoral

Le nom de Steward Sorobo Budia est apparu sur la liste des membres chargés de superviser la prochaine élection présidentielle, alors qu’il est décédé depuis cinq ans. Cet incident, pour le moins embarrassant pour le pays, a entraîné le renvoi de deux hauts responsables de la présidence.

L’initiative devait marquer le début d’une étape cruciale vers la tenue des premières élections nationales au Soudan du Sud. Elle s’est pourtant muée en une farce tragi-comique. Le 30 janvier dernier, le président Salva Kiir a annoncé la mise en place d’un comité chargé de superviser le scrutin.

Parmi les personnalités désignées figurait Steuart Sorroa Buddy, membre du Parti démocratique uni, une formation d’opposition. Un détail non négligeable a toutefois échappé aux services de la présidence : l’homme est décédé depuis cinq ans.

L’erreur a rapidement été relevée par les médias locaux, déclenchant un flot de moqueries sur les réseaux sociaux. De nombreux internautes sud-soudanais ont dénoncé l’amateurisme des autorités.

Deux limogeages pour calmer la tempête

Face à la polémique grandissante, le bureau présidentiel a présenté des excuses publiques, reconnaissant le 2 février dans un communiqué qu’« une vérification approfondie n’a pas été effectuée par l’une des parties prenantes ».

Le lendemain, Salva Kiir a limogé son attaché de presse ainsi que le chef du département administratif du ministère des Affaires présidentielles. Mais la famille du défunt, qui dénonce « une grave offense culturelle et spirituelle », refuse d’en rester là.

« Dans notre tradition, il est inacceptable d’évoquer ou de réveiller l’esprit d’un défunt sans l’accord ni la participation de sa famille », a-t-elle dénoncé dans une lettre adressée au gouvernement, réclamant des « réparations ».

Il s’agit selon James Boboya, le fils du défunt interrogé par le média local Eye Radio, « d’une compensation pour le préjudice et pour les blessures infligées qui commençaient à guérir, mais qui ont de nouveau été ravivées ».

Un processus de paix fragilisé

Au-delà de l’aspect grotesque de cette nomination posthume, l’incident soulève des questions bien plus profondes sur la capacité du Soudan du Sud à organiser des élections crédibles, scrutin initialement programmé pour 2024, puis désormais reporté à décembre 2026.

Indépendant depuis 2011 après des décennies de guerre contre le Nord, le pays reste englué dans l’instabilité. Le conflit civil opposant les forces de Salva Kiir à celles de son ancien vice-président, aujourd’hui incarcéré, Riek Machar, a causé des centaines de milliers de morts et de déplacés, malgré un accord de paix signé en 2018.

Ironie du sort, Steuart Sorroa Buddy était lui-même l’un des signataires de cet accord historique. « Cet homme vivait près du domicile du président, et le gouvernement a même participé aux frais de ses funérailles. Comment pouvait-il ignorer son décès ? », s’interroge James Boboya.


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