Israël joue sa carte en Somaliland

En devenant le premier pays au monde à reconnaître officiellement le Somaliland, l’État hébreu met déploie une stratégie à plusieurs facettes, alliant enjeux géopolitiques, impératifs sécuritaires et ambitions régionales.

Souvent décrit comme un « État qui n’existe pas » faute de reconnaissance internationale, le Somaliland peut désormais s’appuyer sur le soutien affiché d’Israël. Le 26 décembre 2025, l’État hébreu est devenu la première nation à franchir le Rubicon en reconnaissant officiellement l’entité de Hargeisa.

Cette décision, à la fois audacieuse et inattendue, s’inscrit pour Tel-Aviv dans une logique cohérente vis-à-vis d’un territoire qui revendique son indépendance de la Somalie depuis 1991, bien que cette séparation ait été proclamée unilatéralement.

« Cette reconnaissance représente non seulement une avancée diplomatique majeure, mais aussi un acte de justice historique et de clarté morale », a salué le ministre somalilandais des Affaires étrangères, Abdirahman Dahir Adam, sur la chaîne israélienne Kan, dans des propos relayés par DW Africa, alors que des scènes de liesse étaient diffusées sur la télévision nationale.

Israël : la sécurité avant tout

Si l’euphorie des dirigeants du Somaliland est manifeste, cette reconnaissance devrait avant tout servir les intérêts d’Israël pour plusieurs raisons évidentes. Selon l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), le Somaliland constitue une exception dans la Corne de l’Afrique. Contrairement à la Somalie voisine, minée par les conflits et l’instabilité, ce territoire autoproclamé jouit d’une relative paix intérieure.

Doté d’une façade maritime stratégique sur le golfe d’Aden, face au détroit de Bab el-Mandeb — l’un des points névralgiques du commerce mondial —, le Somaliland occupe une position géographique essentielle. Jusqu’en 2023, près de 12 % des échanges mondiaux de marchandises y transitaient.

Cette route commerciale concentre également un tiers du trafic mondial de conteneurs et 6 % du commerce de pétrole brut. « Le Somaliland, c’est la corne de la Corne de l’Afrique. Depuis ses côtes, on bénéficie d’un accès quasi direct à la péninsule arabique, notamment au Yémen », souligne un analyste sur BFMTV.

Dans un contexte où les routes maritimes de la mer Rouge subissent les assauts répétés de groupes pro-iraniens — notamment les rebelles Houthis au Yémen —, cette position revêt une importance accrue pour les calculs sécuritaires israéliens.

Consternation et crainte d’un effet domino

Depuis les attaques du 7 octobre et la guerre à Gaza, ces groupes sont devenus de farouches ennemis d’Israël, menant des offensives particulièrement violentes contre ses intérêts et ceux de ses alliés dans la région.

Au-delà de la dimension stratégique, cette reconnaissance soulève une question plus sensible : celle du destin des Palestiniens. Plusieurs médias internationaux ont rapporté, en août dernier, des discussions entre Hargeisa et Tel-Aviv sur la possibilité d’accueillir des Palestiniens expulsés de Gaza, une information catégoriquement démentie par les autorités du Somaliland.

En Somalie, cette décision a provoqué une vive indignation. Des manifestations massives ont éclaté à Mogadiscio, tandis que le gouvernement somalien a dénoncé une « attaque délibérée contre sa souveraineté », la qualifiant d’« illégale » et rappelant fermement que « le Somaliland reste une composante inaliénable de la Somalie ».

À l’échelle internationale, la surprise domine, accompagnée d’une inquiétude croissante face au risque d’un effet boule de neige, notamment en Chine et dans d’autres États confrontés à des mouvements séparatistes internes.


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