La BAD muscle son guichet pauvre

La Banque africaine de développement vient de renflouer son fonds dédié aux pays à faible revenu à hauteur de 11 milliards de dollars. Le total reste en deçà de l’objectif initial, mais le résultat demeure encourageant compte tenu du désengagement des États-Unis.

« Dans l’un des environnements les plus difficiles au monde pour le financement du développement, nos partenaires ont choisi l’ambition plutôt que le repli, et l’investissement plutôt que l’inertie. » Le nouveau président de la BAD, Sidi Ould Tah, n’a pas ménagé ses éloges dans son communiqué du 16 décembre dernier.

Il faut dire que l’institution qu’il dirige venait de signer un véritable coup d’éclat en mobilisant 11 milliards de dollars pour son Fonds africain de développement (FAD), le guichet concessionnel du groupe.

Créé en 1972, ce fonds a pour mission principale d’appuyer les pays africains les moins avancés – aujourd’hui au nombre de 37, dont plusieurs en situation de fragilité ou en phase de reconstruction – en leur offrant des financements à des conditions avantageuses. Cela couvre les dons, les prêts, les garanties et l’assistance technique.

Les interventions du FAD couvrent un large éventail de secteurs stratégiques, dont des projets d’irrigation pour renforcer la sécurité alimentaire, la construction et réhabilitation d’infrastructures routières afin de désenclaver les zones reculées, l’électrification rurale pour stimuler l’entrepreneuriat local, sans oublier les investissements dans la santé et l’éducation afin de consolider le capital humain.

Un signal politique fort, sur fond de retrait américain

Les donateurs se réunissent chaque année pour reconstituer les ressources du fonds. Le précédent cycle s’était conclu sur 8,9 milliards de dollars, soit une hausse de 23 % cette fois-ci.

Un pari réussi, compte tenu du contexte marqué par la multiplication des défis économiques pour les pays contributeurs. À cela s’ajoute le retrait annoncé en mai dernier de la contribution américaine – 555 millions de dollars – dans le cadre de la mise en œuvre de la doctrine « America First » de Donald Trump.

Face à cette incertitude, le conseil d’administration du FAD a intensifié ses démarches auprès d’autres États. Dix-neuf pays africains, dont le Kenya, la Zambie et la Côte d’Ivoire, ont franchi le pas en apportant, pour la première fois, leur contribution.

Au total, les États membres africains ont mobilisé 182,7 millions de dollars. Quarante-trois partenaires ont pris part à la reconstitution, coprésidée par le Royaume-Uni et le Ghana.

Un succès en demi-teinte ?

Parmi les principaux contributeurs, la Banque arabe pour le développement économique en Afrique (BADEA) a promis 800 millions de dollars, tandis que le Fonds de l’OPEP pour le développement international s’est engagé à hauteur de 2 milliards de dollars.

Cependant, bien que les 11 milliards mobilisés dépassent le cycle précédent, le montant reste loin de l’objectif initial de 25 milliards fixé par la BAD. De plus, cette avancée est tempérée par les incertitudes entourant la participation des États-Unis.

Le communiqué de la Banque ne précise pas si Washington a pris des engagements lors de la conférence, et les autorités américaines n’ont, pour l’heure, fait aucun commentaire public.

Dans un contexte où les besoins du continent ne cessent de croître — changements climatiques, explosion démographique, urbanisation galopante, transformation numérique —, chaque dollar non obtenu se traduit par autant d’occasions de développement perdues.


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