Des archives cartographiques vieilles de plusieurs décennies, conservées à Bruxelles, cristallisent un affrontement inédit entre un musée belge et une startup américaine. Une guerre d’influence pour le contrôle des ressources minérales stratégiques de la République Démocratique du Congo.
À qui appartient finalement le sous-sol congolais ? La question mérite d’être posée alors qu’un différend oppose aujourd’hui le Musée africain de Tervuren, en Belgique, à la startup américaine Cobalt Metals, au sujet des archives cartographiques issues de l’époque coloniale de la République démocratique du Congo (RDC).
Cette entreprise, soutenue entre autres par Jeff Bezos et Bill Gates, propose de numériser l’ensemble de ces documents et de les rendre accessibles au public, à la demande — affirme-t-elle — du gouvernement congolais.
« Ce pays a besoin de plus d’investissements dans l’exploration, et pour cela, les données doivent être accessibles au public », plaide ainsi Benjamin Katabuka, son directeur général, cité par Reuters.
Une initiative que le musée, épaulé par les autorités belges et l’Union européenne, rejette fermement. L’institution revendique le droit exclusif de mener ce projet de numérisation dans le cadre d’un partenariat entre organismes publics.
Des données d’importance stratégique
« Il n’est pas acceptable que nous placions toutes ces informations dans le secteur privé. Nous sommes une institution publique. Nous traitons avec d’autres institutions publiques », explique François Kervin, responsable du département des Sciences de la Terre du Musée africain, cité par l’agence de presse.
Pour saisir l’enjeu de ce bras de fer, il faut mesurer la valeur de ce fonds archivistique. Héritage de plusieurs décennies d’administration coloniale — la Belgique ayant longtemps gouverné le Congo belge, devenu RDC —, il regroupe des millions de documents retraçant la cartographie du territoire congolais et l’inventaire détaillé de ses ressources minières.
Pour tout acteur souhaitant prospecter ou investir dans le secteur minier national, ces informations offrent donc un atout concurrentiel majeur : l’accès à des décennies de données autrement impossibles à reconstituer.
Le débat nécessaire sur la réappropriation des ressources
Cet enjeu est d’autant plus crucial que la RDC repose sur l’un des plus vastes gisements de minerais stratégiques au monde, avec son lithium, son cuivre, son cobalt et son coltan. Des matériaux devenus indispensables à la fabrication de batteries électriques, d’équipements électroniques et de technologies de défense.
Cobalt Metals n’est qu’une des nombreuses entreprises américaines désireuses de s’implanter dans le pays. Washington a d’ailleurs renforcé son partenariat avec Kinshasa dans le but de réduire sa dépendance vis-à-vis de la Chine pour l’approvisionnement en minéraux critiques.
Mais au-delà de ce différend autour des archives, une question plus profonde se pose, commune à bien des pays africains : comment expliquer qu’après plus de soixante ans d’indépendance, des documents d’une telle importance soient toujours conservés à l’étranger ? Et pourquoi faut-il encore que l’ancien colonisateur décide de qui peut — ou non — y avoir accès ?

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