Birahima revit : Kourouma adapté en film d’animation

Premier long-métrage du réalisateur et illustrateur Zaven Najjar, cette adaptation animée du célèbre roman « Allah n’est pas obligé » d’Ahmadou Kourouma aborde à nouveau le drame des enfants soldats, un fléau qui touche encore plus de 250 000 enfants à travers la planète.

Il est des livres qui marquent une génération et dont l’écho persiste, insensible au passage du temps. « Allah n’est pas obligé », le roman de l’écrivain ivoirien Ahmadou Kourouma, couronné du Prix Renaudot en 2000, appartient indéniablement à cette catégorie.

Plongée au cœur de l’enfer des guerres civiles qui ont ravagé le Libéria et la Sierra Leone à partir des années 1980, l’œuvre avait bouleversé les lecteurs par la singularité de sa voix narrative : celle d’un enfant soldat de 12 ans relatant l’horreur avec un mélange saisissant d’humour noir, de brutalité et de lucidité désespérée.

Près d’un quart de siècle après sa parution, ce texte majeur renaît sous une forme inattendue : un film d’animation signé Zaven Najjar. Une création qui, dès les premières images, s’impose comme bien plus qu’une simple adaptation visuelle.

Le héros, Birahima, a 12 ans. Il n’a peur de rien et s’exprime, selon ses propres mots, « comme un vrai salopard ». Cette voix – abrupte, caustique, habitée par une énergie vitale que rien ne semble pouvoir étouffer – constitue le cœur vibrant du film.

Un personnage fort, ironique et attachant

Le cinéaste le décrit comme « un gamin très fort, doté d’un humour et d’une ironie mordante, incisif, mais aussi profondément attachant, drôle, touchant, plein de profondeur et de force ».

Orphelin, Birahima quitte son village natal de Togobala, en Guinée, près des frontières de la Côte d’Ivoire et du Libéria, pour rejoindre une tante. Il prend la route aux côtés de Yakuba, marabout, féticheur et homme d’affaires.

Ce dernier lui promet « tout » une fois là-bas, « même une mitraillette comme dans les films américains ». Comme si cette promesse avait valeur de présage, ils sont attaqués en chemin par les milices de Samuel Doe et de Charles Taylor, en pleine guerre civile.

Un symbole des enfances volées

C’est à ce moment que la vie du garçon bascule dans l’engrenage de la guerre. Derrière la légèreté apparente du format animé se cache un travail d’une rigueur quasi documentaire. Pour concevoir son film, Zaven Najjar s’est en effet rendu au Libéria, a parcouru les lieux évoqués dans le roman et rencontré des témoins des événements que Kourouma avait su raconter avec tant de force.

Ce patient travail de terrain a nourri un univers visuel à la fois enraciné dans la réalité géographique et historique du conflit, et traversé d’une dimension onirique et décalée, comme le souligne TV5 Monde.

« Il représente toutes ces personnes dont l’enfance est bafouée et qui arrivent à surpasser ça, à s’en sortir, et en même temps il donne des leçons aux grands, des leçons aux adultes sur l’état du monde », résume le réalisateur à propos du personnage, interprété par le jeune rappeur ivoirien SK07.


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