Kigali réclame une compensation financière devant la Cour permanente d’arbitrage de La Haye, près de deux ans après l’annulation du controversé accord sur les migrants.
Même après son abandon, le “Migrant Deal” entre le Rwanda et le Royaume‑Uni continue de faire des vagues. Les autorités rwandaises ont officiellement engagé une procédure judiciaire contre Londres, qu’elles accusent d’avoir mis fin de manière unilatérale à l’accord.
Conclu en 2022 sous le gouvernement de Boris Johnson, ce partenariat prévoyait que Kigali accueille les demandeurs d’asile entrés illégalement au Royaume‑Uni. L’objectif affiché était de décourager l’immigration clandestine vers les côtes britanniques, en échange d’un important soutien financier au Rwanda.
Mais le programme, très critiqué par les ONG de défense des droits humains, a été freiné par une série de recours en justice, avant d’être définitivement abandonné en juillet 2024.
Arrivé au pouvoir après la victoire du Parti travailliste, le Premier ministre Keir Starmer a décrété la fin du dispositif, le qualifiant d’« échec monumental » qui a englouti l’argent des contribuables. À cette date, seuls quatre migrants avaient été transférés au Rwanda, pour un montant total de 240 millions de livres versées par Londres.
Réclamation des montants « dus »
Selon Kigali, le Royaume‑Uni n’a jamais formellement résilié l’accord et demeure donc redevable de sommes substantielles. Le gouvernement rwandais affirme que Londres lui a demandé en 2024 de renoncer à deux paiements d’environ 70 millions de dollars chacun, prévus en avril 2025 et avril 2026, en attente d’une rupture officielle du contrat.
Ces discussions n’ayant pas abouti, Kigali estime que les montants restent exigibles conformément aux engagements pris. « Le Rwanda regrette d’avoir dû recourir à l’arbitrage, mais face à l’intransigeance du Royaume‑Uni, aucune autre option n’était possible », précise un communiqué officiel publié le 28 janvier.
La riposte britannique n’a pas tardé. Un porte‑parole de Keir Starmer a qualifié le programme de « désastre total », soulignant qu’il avait englouti des sommes colossales pour ne relocaliser que quatre migrants volontaires.
Des relations bilatérales au plus bas
Londres a promis de « défendre vigoureusement » sa position pour protéger les contribuables, tout en réaffirmant sa détermination à lutter contre l’immigration illégale par des moyens jugés plus efficaces et moins coûteux que ce qu’elle décrit désormais comme un « gadget onéreux ».
Les tensions entre Kigali et Londres dépassent cependant le seul dossier migratoire. En 2024, le Royaume‑Uni a suspendu la majeure partie de son aide financière au Rwanda, l’accusant de soutenir la rébellion du M23 dans l’est de la République démocratique du Congo. Une décision dénoncée par Kigali comme « pénalisante ».
Le Rwanda rejette catégoriquement ces accusations et impute la recrudescence des violences aux forces congolaises et burundaises, qu’il rend responsables des récents affrontements ayant fait des milliers de morts et provoqué le déplacement de centaines de milliers de civils rien que ces derniers mois.

Poster un Commentaire